Ennoblisseur de matières délaissées Les créations messagères

Rencontre avec William AMOR

Artiste plasticien

16 Septembre 2021 

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La recherche de sens, voici une quête que beaucoup initient. William Amor a fait de sa passion et de son engagement pour la nature, conjuguée à sa créativité, un métier unique. À la manière d’un orfèvre, il métamorphose avec précision et minutie les matériaux déconsidérés en pièces d’exception. Autodidacte, sensible et créatif, William Amor se présente comme un “artiste plasticien, ennoblisseur de matières délaissées” et signe des créations d’une douceur remarquable. De ses mains, les déchets se métamorphosent en réalisations aussi subtiles que raffinées. Les mégots délaissés font éclore des mimosas, les sacs plastiques font germer de délicates fleurs. Sa démarche poétique comme sa sensibilité ont été remarquées par les plus grandes maisons. William Amor collabore avec Guerlain, Kenzo, Chanel ou Dior. Entrez, William Amor nous ouvre les portes de son atelier et dévoile les coulisses de son univers envoûtant.

Pièce d’exception Mon Guerlain « Bloom of Rose » par William Amor © Jean Picon 

Tous en scène : En quoi consiste votre métier ?

William Amor : Je me présente comme artiste plasticien, ennoblisseur de matières délaissées. Mon métier consiste à concevoir des pièces d’art porteuses de sens et de poésie : des pièces d’exception, sculptures, ornementations murales, des bijoux et des installations artistiques… Je travaille exclusivement avec les matériaux et produits de consommation délaissés (nos déchets) dans la nature, dans l’urbain ou destinés à être jetés. Ma signature artistique est d’ennoblir et de sublimer les matériaux responsables de la pollution plastique que je récupère sur nos produits de consommation de notre quotidien.
TES : Comment et pourquoi vous êtes-vous orienté vers ce métier ?
W.A. : Ce métier, je me le suis créé ! Artiste autodidacte et hypersensible, je suis amoureux du vivant, de la nature et j’ai une immense passion pour la botanique. Afin de créer du sens, j’ai mené des recherches durant plus de 15 ans pour amener plus loin le courant de l’upcycling, en confectionnant des pièces d’art ou d’exception avec la minutie et les gestes d’orfèvre que l’on applique dans les métiers d’art. Ce métier est né de ma vie de jeune adulte sur Paris et des rencontres au quotidien avec les déchets errants de notre surconsommation. Il est né de ma réflexion sur les valeurs que l’on porte sur les choses, surtout sur les notions de dévalorisation. Pourquoi les matériaux pétrochimiques d’origine fossile, ayant presque les mêmes origines que l’or ou le diamant, ne pourraient-ils pas être traités comme les matériaux considérés comme nobles… Je souhaitais imaginer un métier d’exception qui métamorphose ces matériaux déconsidérés en pièces ultra esthétiques et précieuses. Une manière de rompre avec les jugements de valeur et d’apporter un autre regard sur les choses. Si nos déchets avaient une valeur financière auprès du consommateur, ils ne deviendraient plus source de pollution et ne se retrouveraient pas errants dans la nature. On ne trouve pas d’or ou d’étole en soie dans les rues… Une pièce d’art ne se jette pas et elle est un témoignage de notre société moderne. Pour finir, concevoir des ornements floraux ou des installations en hommage à la nature me ressemble et surtout apporte une certaine poésie. Le vivant et les fleurs (passion d’enfance) sont mes sources d’inspiration. Le végétal est l’être le plus évolué du vivant, qui a imaginé la fleur comme un outil de séduction pour se reproduire. Alors pour moi le message autour de la poésie de la métamorphose s’épanouit quand de vilains déchets néfastes pour l’environnement se transforment en ce qu’il y a parmi de plus beau sur notre planète : des fleurs !

Bouquet de roses par William Amor © William Amor

TES :Vos réalisations sont nommées « Les créations messagères » : quels messages souhaitez-vous faire passer ?
W.A. : Il est important que mes pièces racontent des histoires, qu’elles génèrent du sens, qu’elles provoquent des émotions… Chacune de mes créations est porteuse de ces valeurs. Elles sont la concrétisation d’un long temps de réflexion poétique et d’élaboration minutieuse. Ces messages sont portés par les notions de poésie et d’esthétisme.
TES : Comment votre matière de prédilection est-elle perçue par le grand public ?
W.A. : Le grand public me fait part régulièrement d’émotions de surprise et d’étonnement quand il découvre avec quelles matières j’ai pu réaliser mes œuvres… Ils imaginent des plumes, de la soie, du velours, du cristal alors que devant leurs yeux se présentent un ex sac, une bouteille plastique, des packaging divers, des filets de pêche ou des mégots de cigarette…

William Amor Artist Upcycling Exposition Guerlain

TES : Par quel procédé parvenez-vous à « embellir les matières délaissées » ?
W.A. : Ils sont multiples et mes procédés sont sans cesse en évolution dans l’objectif d’une perfection du geste et de la réalisation. Ils sont différents selon les matériaux et les textures que je souhaite obtenir. De plus, comme je peux travailler avec tout type de déchet sans distinction d’origine ou de nature (pétrochimique, naturel ou organique…), je fais de la recherche constamment.
TES :Pourquoi avez-vous choisi la thématique des fleurs spécifiquement ?
W.A. : La botanique me passionne depuis l’enfance. Les fleurs m’ont toujours fasciné. Il faut dire que le végétal est un des organismes vivants les plus évolués de notre planète. Les plantes ont imaginé la fleur pour séduire. Un outil de séduction façonné par le nombre d’or et d’une diversité esthétique incomparable. Alors quoi de plus poétique que de se dire qu’un vilain déchet produit par l’humain, néfaste pour le vivant et notre planète, devienne ce qu’il y a de plus beau sur terre : une fleur.

© William Amor

TES :Quel souvenir gardez-vous de votre première collaboration avec une maison de luxe ?
W.A. : Le bonheur de pouvoir réaliser des projets d’exception pour ces grandes maisons avec ma démarche artistique porteuse de sens.
TES : Pour quelles maisons avez-vous travaillé ?
W.A. : Kenzo Parfums, Guerlain, Lesage, Chanel, Dior, Icicle, Cointreau, Pellegrino Paris, Louis XIV, Groupe Rocher…
TES : Quels sont vos projets à venir ?
W.A. : Dernièrement, j’ai travaillé sur une marqueterie de mégots pour une œuvre collective pour le fonds de dotation des ateliers de Paris, exposée aux Galeries-Lafayette cet été et qui sera à découvrir durant les Journées du Patrimoine dans les salons de l’Hôtel de Ville. En septembre durant la Paris Design Week : le Musée Cognacq-Jay (Paris 3) me donne carte blanche pour une exposition en dialogue avec les œuvres du XVIIIe siècle du musée. À Angers, on pourra découvrir de très belles sculptures d’orangers, du poivre, des roses et de la lavande que j’ai réalisé pour la distillerie Cointreau pour exprimer les arômes de liqueur. À la Galerie By Chatel (Paris 3), on pourra découvrir et adopter de nouvelles pièces d’exception (une série de jardin d’Iris plastic bottle, de Poppies plastic bottle et une nouvelle version du Pavot d’Islande).

 Arômes de liqueur par William AMOR © Cointreau

TES : Quels sont vos outils de travail ?
W.A. : Mon outil principal reste la main car je façonne mes ornements comme de la sculpture pour obtenir le rendu et les textures que j’ai en tête. La flamme et l’air chaud m’aident à thermoformer la matière que j’ai récupérée. J’ai détourné de leur usage de nombreux outils issus des métiers d’art tels que ceux de parurier floral ou j’utilise gaufroir, fer à bouler et emporte-pièce… Mais également de joaillier, en utilisant des polissoirs et des outils de précision tels que des pinces et scalpels, pour réaliser un travail d’orfèvre. La couleur est importante dans mon travail. Je développe des camaïeux avec des pigments ou des bains de teinture alimentaire.
TES : Chaque métier a ses propres éléments de langage, quels sont les vôtres ?
W.A. : J’avoue que comme j’ai imaginé mes propres techniques, j’ai mon propre vocabulaire des textures que j’obtiens. Par exemple : plissé nervuré, plissé d’œillet, plissé cœur de rose, décor en pavage, nervures art déco etc.
TES : Votre travail est-il sujet à des anecdotes particulières ?
W.A. : Oh que oui ! Assez nombreuses… Tout d’abord la matière que je traite a une histoire, une origine particulière. Celle-ci a été ramassée dans telle rue, sur telle plage, donnée par une personne proche, ou ce sont les chutes ou déchets d’une marque ou entreprise… Ensuite il y a les anecdotes d’atelier, comme nettoyer les mégots récupérés Villa du Lavoir. Ces déchets bien trash en train de bouillir ont fait fuir les personnes qui m’aidaient ce jour-là au fond de l’atelier, tentant d’échapper à l’odeur. En règle générale, nettoyer et aseptiser un déchet n’est pas la partie la plus glamour de mon travail. Mais elle est nécessaire et cela a du sens.
TES : Un mot ou une émotion qui décrit votre métier ?
W.A. : La passion du vivant et de la création, l’engagement et la poésie.
TES : Qu’est-ce que le luxe pour vous ? 
W.A. : Pour moi le vivant, le sens, le bien-être et la bienveillance sont un luxe.
TES : Que recommanderiez-vous à des personnes qui souhaiteraient s’orienter vers votre métier ?
W.A. : D’expérimenter, d’être authentique et de vouloir construire un projet qui a du sens.
TES : Quelles sont les formations ? Recommandez-vous une formation en particulier ?
W.A. : Il n’y a pas de meilleure école que sa propre créativité et le développement de sa sensibilité. Ce métier, je l’ai imaginé sur mesure avec l’école de la vie et des émotions. Il me ressemble. Une parabole de vie et des années d’expérimentations personnelles.
TES : Combien de personnes composent votre équipe ?
W.A. : Une assistante (Jenna Broult), mon agent (Valérie Henry), ainsi qu’un groupe de personnes en situation de handicap et des freelances qui nous rejoignent selon les projets.
TES : Une recommandation de lecture ?
W.A. : Le petit prince de Saint Exupéry
TES : Une recommandations d’exposition ?
W.A. : Le Musée de Frida Kahlo à Mexico
Retrouvez toute l’actualité de William Amor et la vie de son atelier sur sur son compte instagram : William Amor

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