Carrière : rejoindre une maison de luxe et réussir ses premiers pas

Rencontre avec Sophie Laffargue

Consultante en Ressources Humaines

29 Juin 2021 

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Vous souhaitez vous orienter dans le luxe ? Secteur, taille de maison : comment choisir ? Comment préparer et réussir ses entretiens pour se démarquer et retenir l’attention des recruteurs ? Opter pour un stage ou une alternance ? Une fois la maison rêvée intégrée, comment mener avec succès ses premiers pas et aborder le sujet des perspectives d’évolution ? Comment gérer les situations les plus difficiles ?
Sophie Laffargue répond aux questions les plus récurrentes de chaque étape du parcours candidats – du CV aux premiers pas en maison – et partage avec beaucoup de bienveillance et de transparence ses conseils aux étudiants et jeunes diplômés. Un bien joli cadeau pour mettre toutes les chances de son côté !

Initialement tournée vers des fonctions commerciales, Sophie Laffargue s’est passionnée pour le “travailler ensemble” et la complémentarité des savoir-faire des départements. C’est dans ce contexte que l’idée d’une reconversion dans les Ressources Humaines naît. Une reconversion résolument couronnée de succès : tour à tour Directrice Ressources Humaines de Ralph Lauren, du groupe Smalto (Poiray, Jean-Louis Scherrer, Féraud) ou encore Responsable RH chez Ikea, mais aussi responsable des relations sociales pour Burberry.

1. Choisir sa voie

Tous en Scène : En France, la première expérience a pour réputation d’être décisive et d’être ensuite associée à un métier ou un secteur particulier pour la suite de sa carrière. Qu’en pensez-vous ?

Sophie Laffargue : Il est encore trop souvent difficile de changer de secteur d’activité malheureusement. Le choix de la première maison et du secteur est essentiel, il faut s’accorder un temps de réflexion sur son parcours. C’est d’autant plus vrai pour les fonctions marketing et commerciales. Par exemple, si l’on souhaite évoluer vers le secteur de la joaillerie, rester plusieurs années dans la mode n’est pas le plus adapté.
Lorsque l’on commence sa carrière professionnelle, il est donc judicieux de varier ses expériences et découvrir différents secteurs d’activités pour ensuite avoir la possibilité de faire un choix. Il ne faut pas attendre trop longtemps !
Quant aux reconversions, c’est tout à fait envisageable, et heureusement ! Il faut partir du principe que tout est possible mais pas nécessairement facile. Quand on a la volonté, il faut se donner les moyens. À titre d’exemple, en ce qui me concerne, à trente ans, j’avais suivi une formation pour m’orienter vers les Ressources Humaines.
TES : La France a aussi la réputation de prêter attention au classement des formations. Comment bien choisir sa formation ?
S.L. : Je vais vous répondre comme j’ai répondu à ma fille avec qui nous venons de compléter Parcoursup (la plateforme Web destinée à recueillir et gérer les vœux d’affectation des futurs étudiants).
Avant tout, choisir une orientation qui VOUS intéresse et vous correspond. Fac ou école, alternance ou stage, l’organisation et la manière de travailler diffèrent. Choix de la raison ou de l’émotion ? Difficile de répondre mais éviter le choix par défaut autant que faire se peut.
Personnellement, au-delà du parcours académique je suis très sensible aux activités et expériences extra-scolaires. Elles en disent beaucoup sur votre personnalité.
En qualité de recruteur, nous rencontrons des personnes qui ont une formation académique parfaite, linéaire, sans accrocs où rien ne dépasse mais justement…. rien ne dépasse ! Ce que je trouve intéressant c’est justement ce qui dépasse, les différences, les “imperfections”, ce qui fait que vous êtes VOUS et non pas un Nième diplômé. Recruter uniquement des personnes issues des grandes écoles limite fortement les profils à l’heure où l’on parle de diversité et d’inclusion …… De l’ouverture, de la curiosité, de l’envie et du collectif …des critères de recrutement à ne pas négliger !
Dans tous les cas, faite votre choix en gardant en tête votre épanouissement. Et puis aujourd’hui, la formation se déroule tout au long de la vie professionnelle. Vous aurez toujours la possibilité plus tard de compléter votre cursus (en interne ou en externe).
Prendre en compte ces éléments lors de ses choix est à mon sens essentiel. À titre d’exemple, intégrer une grande école de commerce simplement parce que c’est une grande école n’a pas forcément grand intérêt mais si, par exemple, cette école est celle qui vous permettra de réaliser votre rêve d’être entrepreneur c’est tout à fait différent !
Le diplôme est rassurant pour l’employeur mais il est loin d’être suffisant ! Votre personnalité, votre mode de fonctionnement, vos valeurs sont des éléments que les employeurs prennent de plus en plus en considération.
TES : Les stages et parcours en alternance sont-ils des opportunités à saisir pour explorer des filières et des métiers ?
S.L. : Absolument ! À moins d’avoir une idée très précise du secteur ciblé. J’invite les étudiants qui en ont la possibilité à le faire car chaque secteur a ses spécificités. Par exemple, le secteur de la joaillerie est bien évidemment très différent de celui des parfums et cosmétiques.
TES : Alternance ou stage, quel contrat privilégier lorsqu’on a le choix ?
S.L. : Selon moi, l’alternance est vraiment à privilégier quand on a la possibilité de le faire. Apprendre en faisant est une manière d’apprendre extraordinaire. L’étudiant qui a opté pour une alternance a un atout : il s’inscrit dans la durée avec l’entreprise et a acquis une expérience avec une vision du poste dans sa totalité. Il aura aussi vu un ou deux exercices complets de l’entreprise, c’est aussi extrêmement important. Ce qui n’est pas le cas lors d’un stage court.
Si on opte pour le stage, il faut chercher des stages longs, de minimum six mois, c’est aussi une belle valeur ajoutée lorsqu’on arrive sur le marché.
TES : Le stage garde l’avantage d’explorer d’autres horizons.
S.L. : Oui et l’international est en effet un bel atout ! Un diplômé qui a passé six à huit mois à l’étranger a très clairement un avantage pour entrer dans une maison. Au-delà du fait de maîtriser des langues étrangères, l’interculturalité se vit au quotidien.
Il faut réfléchir à un tout, l’étudiant doit motiver ses choix : pourquoi tels choix, est-ce qu’ils répondaient à ses attentes, pourquoi ne pas avoir choisi l’alternance ? En tant qu’entreprise, on apprécie que l’étudiant assume ses choix et qu’il ne les ait pas subis. Lors de l’entretien, l’étudiant doit être capable de mettre en avant ses arguments.
TES : Sans expérience, commencer son parcours par les métiers du retail, est-ce une bonne clé d’entrée ?
S.L. : Être proche du terrain est une très bonne première étape. Le retail permet de toucher à ce qui est fondamental pour l’entreprise : développer les ventes. Les métiers du retail sont généralement peu attractifs pour les jeunes diplômés, car jugés trop opérationnels ce que je trouve personnellement dommage car vous découvrez la réalité terrain, êtes au contact de vos clients. De plus, vous pouvez assez vite évoluer vers un poste managérial si vous avez su démontrer votre capacité à dynamiser et entrainer un collectif.
L’Oréal est bien connue pour faire passer ses jeunes recrues à des fonctions commerciales et sur le terrain pour qu’elles comprennent qui sont les clients et leurs attentes.
Le retail est donc très intéressant mais il ne faut pas y rester trop longtemps si l’on souhaite évoluer sur des fonctions corporate. Ce conseil serait valable pour tous les secteurs.
Dans ma fonction RH, être passé par le retail à mes débuts fut un plus. J’ai vécu une expérience me permettant de très vite comprendre les problématiques, les enjeux et les contraintes des équipes. Une fois que l’on intègre une fonction corporate vous avez acquis une crédibilité qui facilitera votre relation avec le terrain.
TES : A l’inverse, le fait de ne pas avoir occupé une fonction dans le retail, est-ce un frein à l’évolution professionnelle ?
S.L. : Je ne pense pas que cela ralentisse. Rien ne presse, votre vie professionnelle est longue. Néanmoins, lors d’un entretien de recrutement, je vais sytématiquement chercher à voir si la personne est intéressée, curieuse et à l’écoute du retail, des équipes sur le terrain. La connexion terrain-siège est essentielle pour développer un marché. C’est un succès collectif et pas uniquement le fruit du travail du marketing ou du terrain. Cette connexion reste encore trop souvent négligée. C’est dommage.
TES : Rejoindre une maison intégrée à un groupe ou une petite maison indépendante : quels sont les enjeux et quelles sont les passerelles ?
S.L. : Il est possible de passer de l’une à l’autre. Les freins et les accélérateurs sont différents. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise voie. Il faut se demander ce qui nous correspond le mieux dans notre manière de travailler, comment veut-on travailler ? Pourquoi ne pas tester les deux ! Tout est possible, il suffit de savoir ce qui nous plait le plus : est-ce que l’on a envie de travailler dans une grosse structure où tout est, à priori, très organisé et hiérarchisé ou une petite structure où on est dans l’interaction constante et où tout va beaucoup plus vite ?

• De la grande maison vers la petite :
C’est au jeune diplômé de faire ses choix en conscience par rapport à ses recherches. Ce passage de la grande à la plus petite maison est tout à fait possible car les petites structures peuvent à un moment donné, quand elles sont en phase de développement, avoir besoin de quelqu’un qui connaît l’organisation, les codes, la méthodologie d’une grande structure pour l’adapter à l’évolution d’une entreprise. C’est passionnant.
En quittant un grand groupe pour aller dans une start-up, on est souvent amené à faire des choses que l’on ne faisait pas ou plus, et à être plus opérationnel. C’est un état d’esprit qu’il faut prendre en compte. En ce sens, c’est vraiment un choix qui peut paraître plus facile lorsque l’on est sur le marché du travail depuis peu. Lorsque l’on a une carrière plus assise, cela peut sembler plus compliqué (pour des raisons économiques entre autres) bien qu’aujourd’hui, cela évolue.


• De la petite vers la grande maison :

Cette transition est tout à fait envisageable aussi car les personnes sont justement “ débrouillardes”. Il y a beaucoup d’atouts à travailler au sein d’une petite structure : on va chercher des solutions à moindre coût car le budget est souvent contraignant. Cela nous oblige à être créatif, imaginatif ! C’est beaucoup plus compliqué d’être créatif quand on a peu de moyens. C’est une leçon que j’ai retenue de mon expérience chez Ikea : le fondateur disait “c’est facile de faire du design beau et cher mais ce l’est beaucoup moins quand on veut faire du design à petit prix”.
2. Retenir l’attention des recruteurs
TES : La personnalité est donc tout aussi importante ?
S.L. : Oui, comme je l’ai dit plus haut, l’étudiant qui a des passions, des centres d’intérêts qui viennent en complément de ses études est intéressant pour l’entreprise. Si l’étudiant s’investit dans des projets personnels ou des associations, il pourra par exemple proposer de nouvelles façons de travailler, être force de proposition. C’est une émulation stimulante ! Ces initiatives traduisent une vraie personnalité !
TES : Jusqu’à quel niveau détailler ses passions ou par exemple ses activités sportives sur son CV ?
S.L. : Quel que soit le sujet, je conseille fortement de donner des exemples. Ainsi, le futur employeur peut se faire une idée de la manière dont vous fonctionnez, réagissez dans un groupe, mais aussi de votre valeur ajoutée. Le candidat capitaine de son sport collectif : ce n’est pas un hasard ! La personne sait fédérer, passer des messages au groupe. Un défenseur est là pour parer aux difficultés et ceux qui avancent peuvent compter sur lui car on assure les arrières ! Les exemples démontrent vos qualités !
TES : Comment faire ressortir ses qualités sur le CV ?
S.L. : Pour donner une certaine dynamique : utilisez des verbes d’actions. Vous pouvez aussi faire un paragraphe sur les principales compétences acquises pendant les premiers stages ou expériences. Durant les premières expériences, notez les qualités et les commentaires de votre maître de stage comme par exemple “très vite considéré comme un membre à part entière de l’équipe”, “a fait preuve d’’organisation”. Lors de l’entretien, illustrez-les par des exemples.
TES : Quelles sont vos recommandations pour les lettres de motivation ?
S.L. : La lettre est généralement lue une fois le CV sélectionné. C’est un moyen de voir si le candidat a pris le temps de personnaliser la lettre en fonction de l’annonce. Vous devez démontrer que vous avez saisi les enjeux clefs du poste et les qualités recherchées. Il faut faire en sorte que votre lettre s’adresse à l’entreprise, éviter les copier-coller. Montrez votre intérêt pour le secteur d’activité : pourquoi vous l’avez choisi. Cela permet de témoigner de valeurs communes avec la maison.
Répondez à la question : pourquoi l’entreprise doit me choisir, moi et pas un autre ! Quelle est ma valeur ajoutée ?
TES : Quels sont les éléments immanquables sur lesquels se renseigner avant l’entretien et comment s’y préparer ?
S.L. : Pour rejoindre une maison de luxe, il faut se renseigner et connaître l’histoire de la maison, ses valeurs. Quels sont les enjeux ? Est-elle en phase de croissance ou est-elle mature ? Sur quels axes la maison se diversifie-t-elle dans ses activités ? Il est important aussi d’être au courant de la stratégie digitale de l’entreprise. Le digital est au cœur des initiatives des maisons, c’est indispensable et incontournable.
TES : Quelles sont les questions clés à préparer pour un entretien ?
S.L. : Un conseil sur la forme : Structurer sa présentation et maitriser son parcours sur le bout des doigts ! Il faut savoir parler de ses expériences, de ses succès mais aussi de ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi. Il n’est pas nécessaire que toute action ou initiative soit une réussite. Néanmoins, vous devez être à l’aise pour l’expliquer.
Quel que soit le niveau d’expérience, je pose systématiquement des questions sur les réussites et les difficultés rencontrées. Vous faire parler de vos échecs est très instructif car on vous donne l’occasion d’exposer la manière dont vous les avez surmontés, de partager les défis relevés et les apprentissages que vous en avez tirés.
L’incertitude est notre quotidien, savoir se remettre en question, montrer une adaptabilité, faire preuve d’intelligence situationnelle et émotionnelle est essentiel. Réagir aux situations de façon adaptée et agile, c’est plus compliqué !
“Que diraient vos proches si je leur demandais de me parler de vous ? ” Dans quel environnement de travail vous sentez-vous bien ? Y a-t-il des situations qui vous mettent en colère, si oui lesquelles et pourquoi ?
Autant de questions qui me permettront de voir si vous pouvez vous épanouir dans l’équipe et si vous partager les valeurs essentielles de l’entreprise.
3. Réussir ses premiers pas
TES : Une fois l’entretien couronné de succès, comment réussir son intégration ?
S.L. : Oser ! L’intégration est une problématique récurrente. On attend que la personne soit opérationnelle tout de suite et on ne prend pas le temps nécessaire pour son intégration car l’entreprise est toujours sollicitée. Elle passe souvent, malgré elle, à côté de ces étapes primordiales.
Les stagiaires et alternants ou jeunes diplômés doivent être proactifs et poser des questions même sur des choses simples du quotidien comme par exemple la localisation de la cafétéria. Il ne faut pas attendre qu’on le lui dise ! C’est souvent sur des évidences ou des choses basiques que l’on se loupe. Il faut partager ses interrogations pour éviter les frustrations.
L’employeur va aussi voir comment la personne va comprendre et s’intégrer à la culture de l’entreprise. Observer les pratiques est important et si on a un doute, poser la question ! Lors de ses premiers pas, on peut se demander si on vouvoie ou on tutoie et c’est légitime mais tutoyer d’emblée n’est pas forcément le bon choix.
TES : Comment aller à la rencontre des autres en télétravail ?
S.L. : Les visioconférences me semblent indispensables. Avec l’équipe intégrée, cela est même une évidence mais pour les autres interlocuteurs, proposer des rencontres pour mettre des noms sur des visages est primordial. Il est important de se coordonner avec les managers et l’équipe RH pour bien se préparer et connaître la culture de l’entreprise.
TES : Quelle tenue adopter pour ses premiers jours ?
S.L. : Le premier jour sur le lieu de travail est un jour idéal pour observer la culture vestimentaire de la maison. Sans aller jusqu’au tailleur complet, mieux vaut en faire trop que pas assez, cela est certain. Oser les baskets dès le premier jour peut parfois être risqué ! Les contraintes sont moindres aujourd’hui. Dans la banque, le costume cravate était de rigueur. Aujourd’hui, la cravate tend à disparaître ! Quoi qu’il en soit, rester soi est important pour être à l’aise ; en revanche, on attend de vous que vous sachiez vous adapter aux circonstances (représentation, etc.). A titre d’exemple, afficher des logos des maisons concurrentes est à éviter !
4. Saisir des opportunités
TES : Comment aborder la question de la suite envisagée pour son parcours au sein de la maison ? Manager ou RH : qui solliciter ?
S.L. : Je conseille d’échanger avec son responsable hiérarchique, parler de son intérêt pour la maison de façon assez large, de son épanouissement dans les missions et la volonté de découvrir autre chose. Le maître de stage le soutiendra ou non auprès des équipes RH en fonction du bon déroulement du stage. Ensuite, vous pouvez tout à fait informer votre responsable que vous allez convenir d’un rendez-vous avec les services RH pour envisager la suite de votre parcours. Cela est de votre libre choix !
Les RH ont aussi besoin de votre retour : en étant employé par une maison, vous en parlez et en faites une publicité autour de vous. Vous faites en sorte que l’employeur soit attractif ou pas. Les RH ont besoin de connaître l’image que vous avez de la maison. C’est ce que je préconise systématiquement. Vos retours nous permettent de nous améliorer.
5. Gérer les situations difficiles
TES : Et justement, comment réagir si le stage ne se passe pas bien ? Est-ce qu’une rupture de contrat peut porter préjudice ?
S.L. : Normalement, aussi bien pour le salarié que pour le stagiaire, l’employeur n’a pas le droit de porter préjudice à la personne. Ce n’est pas parce que cela se passe mal dans une maison que cela ne se passera jamais bien. Il se peut que l’on ne soit pas fait pour travailler ensemble car justement on ne partage pas les mêmes valeurs et l’organisation du travail ne convient pas.
Même si ce n’est pas facile, il faut prendre du recul. On considère souvent cela comme un échec et justement, il faut le voir comme une “phase d’apprentissage ». En tant qu’employeur, on ne peut pas faire un feedback qui ne vous permette pas de rebondir. Le feedback peut être neutre mais pas négatif. Bien sûr je parle de mes pratiques et de ce que je tiens à mettre en place.
Je mettrais un bémol sur le comportement : il y a des comportements qui peuvent être plus ennuyeux que des problèmes de compétences ou d’adaptation. Cela peut par exemple être un manque d’implication ou arriver constamment en retard, ne pas respecter l’image de la maison. Ces problèmes de comportement peuvent être exposés comme des points de vigilance.
TES : Comment réagir s’il y a un décalage entre la fiche de poste et les missions ?
S.L. : Il faut en parler très vite ! Cela permet à l’un comme à l’autre de trouver des solutions ensemble pour que chacun y trouve satisfaction. S’il s’agit de tâches à répétition, cela est ennuyeux mais des étudiants qui refusent de faire certaines tâches occasionnelles car elles ne correspondent pas au niveau d’étude, n’ont pas un comportement approprié, selon moi. Tout le monde est amené à faire à un moment donné des tâches qui ne nous intéressent pas ! Quand on est stagiaire : on a beaucoup à apprendre donc faite preuve d’humilité et n‘oubliez pas, vous travaillez pour un collectif !
TES : Comment réagir en cas de comportements déplacés ?

S.L. : L’entreprise a une responsabilité sur le harcèlement sexuel ou moral. Elle a l’obligation de prévenir et de mettre en place des actions de prévention. Il y a aussi une obligation de résultat. L’entreprise peut mener des enquêtes confidentielles après réclamation.
Au cours de mon parcours, j’avais mis en place une hotline en interne, j’avais accès aux réclamations et plaintes. Je sais que la notion d’anonymat est primordiale. Je peux vous garantir qu’il y a un réel respect de la confidentialité. J’ai eu à traiter des questions de harcèlement et mené des enquêtes avec le CHSCT. Une fois l’enquête terminée, nous nous sommes réunis avec les représentants du personnel pour mettre en place des actions correctives ou sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement en fonction de la gravité des faits. Les N+1 des personnes concernées ont toujours été impliqués.
Il faut parler des comportements déplacés. La récurrence et la régularité de remarques vous blessent, il faut en parler le plus tôt possible de façon à débloquer la situation. Si le stage dure six mois et que l’on souffre tout ce temps, le stage n’aura servi à rien du tout à part être impacté psychologiquement, et personne n’est gagnant !
Oui, c’est délicat d’en parler quand on est stagiaire (ou salarié) et que l’on a besoin de valider son diplôme mais si vous ne parlez pas, cela ne changera pas ! Une personne qui a des écarts de comportements le fera une fois, puis deux, puis trois. Cela finira par se savoir.
Comment parler et comment oser en parler ? Il faut déjà regarder si la maison a une vraie position de communication contre le harcèlement. Si ce message est affiché, c’est une invitation à discuter. Il est possible de parler de façon confidentielle en visio ou en dehors du bureau avec l’équipe RH. Je pense que les DRH sont à l’écoute car si cela dure sur le long terme, cela impactera l’image de l’entreprise.
L’entreprise est une micro-société, toutes les problématiques que l’on rencontre dans notre société, on les retrouve dans l’entreprise. Alors plus tôt vous parlerez de ce qui ne va pas, plus vite, la solution sera facile à trouver.
Mais quand tout va bien, dites – le aussi !

TES : Pour des notes plus joyeuses, quelle est votre définition du leadership ?
S.L. : Un leader sait créer de nouvelles partitions en mobilisant les qualités des uns et des autres en fonction des objectifs fixés pour atteindre la performance collective. Avoir du leadership, c’est être à l’écoute et attentif aux autres, faire preuve d’humilité, d’empathie et de courage managérial. C’est aussi assumer sa vulnérabilité, veiller à garantir un environnement assertif tout en étant capable à un moment donné de décider seul si cela est nécessaire ou de faire des choix difficiles. Pour moi, c’est avant tout avoir le sens du collectif.
TES : Un dernier conseil pour nos étudiants ?
S.L. : Bien se connaître est une force. Connaître ce qui nous plaît et savoir comment on fonctionne permet de faire les bons choix. Réaliser des tests de personnalité est une expérience très instructive, car on comprend pourquoi on réagit de telle ou telle façon face à certaines situations. Ces tests sont parfois payants mais demandez à vos RH. Au cours de la vie, les résultats évolueront…
Enfin, profitez des études pour tout tenter. Croyez en vos rêves et donnez-vous les moyens de les réaliser !
A propos de Sophie Laffargue
Sophie Laffargue rejoint le DESS Gestion des industries du luxe et des métiers de l’art, lors du balbutiement des spécialisations dans la gestion du luxe. Sophie Laffargue commence sa carrière dans une fonction commerciale au sein de Sephora, ce distributeur spécialisé offrant à un large public l’accès au luxe par des parfums et cosmétiques. Une expérience aussi formatrice que révélatrice. Atteindre les objectifs en mobilisant les équipes avec le « travailler ensemble » marque à tout jamais son esprit et se traduira par une réorientation vers les RH appliquées dès 2001 chez Ikea : « Une véritable école des ressources humaines pour mon projet. J’y ai appris tout mon métier avec des valeurs humaines qui m’ont marquée et font la DRH que je suis aujourd’hui. J’ai ensuite exercé ma fonction RH dans des maisons plus intimistes comme Poiray, Jean-Louis Scherrer, Smalto, dans la mode chez Burberry et dernièrement chez Ralph Lauren. Chaque fois, ce fût dans des univers internationaux et des cultures d’entreprise diverses (suédoises, françaises, américaines, anglaises… Passionnant !  » Sophie Laffargue avouera avoir une admiration toute particulière pour les entreprises dont la performance sociale est un facteur clé de la performance économique.

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