Marianne Guély et le papier dans tous ses états

Rencontre avec Marianne Guély

Studio de design et agence des savoir-faire

27 Mai 2021 

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Support de nos premiers dessins, papier cadeau malmené, carte de visite échangée, élégante invitation gaufrée, lettre parfumée, agenda griffonné… Protéiforme et omniprésent, s’il y a bien une matière qui nous est familière, c’est le papier. Une présence si évidente que ce matériau en devient anodin. Derrière son aspect fragile, le papier offre pourtant un champ de création inépuisable. Encore faut-il savoir le laisser parler.
Marianne Guély a fait de ce matériau inventé en Chine, son compagnon de création. Elle sait le laisser exprimer tout son potentiel pour sublimer un sujet. Inspirée par les papiers du japon, Marianne Guély considère le papier comme une seconde peau, agréable à la vue et au toucher. Elle donne vie à des créations aussi raffinées que subtiles : sa matière de prédilection se métamorphose tantôt en objets d’exception délicats tantôt en installations monumentales.
Pleine d’entrain et indéniablement créative, Marianne Guély décide de fonder son studio en 2007, avec un pôle dédié à la création et au design. Sensibles à son travail de précision et d’excellence, les grandes maisons lui confient la réalisation d’œuvres hors du commun.

Découverte métier

Tous en Scène : En quoi consiste votre métier ?

Marianne Guély : Je crois que mon métier ressemble à celui d’un très modeste et discret joaillier : je reçois et j’écoute attentivement les rêves de mes clients dans notre showroom du 46 rue de Provence. J’imagine une interprétation créative et exclusive de leur projet avec mon équipe sous forme de dessins, de visuels 3D accompagnés de matières appropriées. Je compose une équipe d’artistes et d’artisans dédiés au projet un peu comme un directeur de casting et c’est parti pour une production sur mesure dans nos ateliers d’Aubervilliers.
Nous apprécions autant les projets précieux que les projets surdimensionnés et monumentaux. Nos projets sont destinés aux grandes maisons de luxe, aux architectes et architectes d’intérieurs, et aussi aux grands clients privés.

1. Création et réalisation de diptyques et triptyques pour le restaurant d’Anne-Sophie Pic à Londres – Collaboration avec le bureau d’architecture Bruno Moinard 4BI – Hotel Four Seasons – 10 trinity © Studio Marianne Guély & Jean-François Mallet 2. et 3. © Gilles Bretin 4. ©Julien Cedolin

TES : Le papier est au cœur de vos créations, pourquoi cette matière de prédilection spécifiquement ?
M.G. : Le papier est « my first love » et le restera. Je dois être un peu japonaise, le papier malgré son apparente fragilité me rassure. J’ai besoin de toucher du papier tous les jours, d’être entourée de papiers, ma bibliothèque est mon refuge, je peux passer des heures dans une librairie, je suis une paper-addict ! Le travail du papier est agréable et apaisant, c’est un matériau doux au toucher. Il me permet de me ressourcer. Le papier est comme une peau naturelle, une matière souple, délicate, transparente qui permet toutes les fantaisies, les métamorphoses et les ennoblissements. On peut le découper, l’ajourer, le perforer, le froisser, le déchirer, le galber, l’imprimer, le peindre, le sérigraphier, le gaufrer, le dorer à volonté.
J’aime le papier fabriqué à base de chiffon, de mûrier, mais les papiers du japon restent une de mes sources d’inspiration majeure. Les papiers au Japon sont réalisés à base de fibre de Muriers (Kozo), Mitsumata ou Gampi, souvent les artisans qui fabriquent ces beaux papiers sont aussi agriculteurs, ils cultivent les arbres dont les écorces vont servir à fabriquer ces papiers.
Le papier me permet de naviguer d’un univers à l’autre, il est merveilleux pour mettre en valeur les diamants ou les pierres précieuses dans un décor de vitrine, il est l’outil de création de tous les parfumeurs et il est incomparable dans une scénographie monumentale, il reste léger et poétique. Recevoir une invitation ou un beau catalogue en papier reste un luxe absolu. On crée avec du papier, il est le support d’une esquisse, on choisit un diamant dans une feuille de papier A4 plié en deux, on peut aussi emballer avec du papier, c’est le roi de l’économie circulaire ! Mais aujourd’hui nous travaillons aussi beaucoup d’autres matières comme le métal, l’albâtre, la feuille de pierre, le cuir…

1. et 3. Création et réalisation entièrement à la main d’une sculpture d’architecture lumineuse en papier représentant la façade de l’hôtel Scribe Paris Hôtel Sribe Paris – 2018 © Studio Marianne Guély
2. Décor en papier créées pour les boutiques de la maison Mikimoto à travers le monde, pour la nouvelle collection de bijoux “Les pétales Place Vendôme” Mikimoto – Ginza – Tokyo – 2018 © Hisashi Miyakawa

TES : Quels sont vos outils de travail ?
M.G. : Mes outils sont simples : un cutter et un outil pour plier & galber le papier. Mes outils préférés viennent d’Allemagne et du Japon ! J’aime dessiner directement sur une feuille de papier avec mon cutter, comme un geste simple, une calligraphie que j’ai appris lors de mes cours de dessin de l’école Martenot.
TES : Chaque métier a ses propres éléments de langages, quels sont les vôtres ?
M.G. : Le nuancier de papier, le grammage et le grain du papier, la tenue ou la nervosité d’un papier, la composition d’un papier, je préfère toujours celui qui est à base de coton. La macule d’un paquet de papier, un gaufrage, la dorure, une typo.
Ma hantise, corner une feuille de papier ! La manipulation doit être précise surtout concernant nos papiers d’exceptions qui viennent des artisans japonais.
TES : Une anecdote particulière ?
M.G. : Il s’agissait d’une installation monumentale au début de ma carrière, un envol de 2000 oiseaux en papier calque pergamenata dans une tente cristal au Pyla-sur-Mer pour un mariage. Le papier, matière naturelle, n’étant pas hydrofuge et résistant très mal à l’humidité, tous nos oiseaux installés sur des câbles se sont complètement ramollis et j’étais complètement désespérée ! Après une nuit blanche, mon idée fut de demander à mes clients de louer des chauffages sous forme de soufflerie et cela a permis de sécher à nouveau nos oiseaux, nous avons pu les sculpter et leur redonner une forme à leurs ailes. Heureusement tout s’est bien passé durant l’exploitation de l’événement ! Je remercie encore ces clients pour leur compréhension.

1. et 2. Décors de vitrines en papier découpé pour les vitrines de Noël de Dior J’adore. Papier de création or, mur recouvert à la feuille de cuivre couleur or, éclairage évolutif et soufflerie pour le mouvement des pétales – Avenue Montaigne, Paris and Shin Kong Place, Beijing – 2011 © Baptiste Heller
3. et 4 Scénographie monumentale sur-mesure pour une soirée du Crédit Agricole à l’Opéra Garnier. Éventails grands formats sous le thème du ballet “La Dame aux Camélias” Opéra Garnier, Paris – 2018 © Saïd Njem & Julien Cedolin

Personnalité et inspirations
TES : Comment et pourquoi vous êtes-vous orientée vers ce métier ? Comment est née votre rencontre avec ce métier et le papier ?
M.G. : Je suis designer industriel de formation, donc en réalité rien ne me prédestinait à ce métier. Mon école de design était en train de construire des ateliers de maquettes, donc au moment de mes études, comme je ne pouvais pas avoir accès à d’autres matériaux, le papier s’est imposé comme médium de recherche et de travail.
C’était un médium facile à travailler et je me disais que si j’arrivais à transformer une feuille de papier A4 en un objet élégant, alors il pourrait exister dans tout autre matériau.
Pour mon diplôme, j’ai exploré l’univers des chapeaux. J’avais effectué un stage à la maison Michel et à la maison Légeron. Finalement, j’étais tout autant fascinée par l’artisanat dans l’univers de la mode que par l’industrie dans l’univers automobile. Le papier est resté mon compagnon de création jusqu’à maintenant, que ce soit pour une œuvre unique, un produit industriel ou bien un événement. Matériau d’un jour, matériau pour toujours !
TES : Comment est venue l’envie de créer un studio ?
M.G. : La création de mon studio  » Marianne Guely Studio  » s’est imposée naturellement, les projets affluaient et il fallait changer d’échelle. Nous avons maintenant deux lieux : le Showroom du 46 rue de Provence situé au cœur de Paris et l’atelier pour la production situé à Aubervilliers.

1. Création sur mesure d’une variation de Roses peintes à la main en hommage à la Rose Yves Piaget. © Hisashi Miyakawa 2. Création et Réalisation de fleurs de cactus grand format en papier en lévitation sous la coupole des Galeries Lafayette pour le lancement du parfum Arizona par Proenza Schouler Paris – Galeries Lafayette Haussmann – 2018 © Julien Cedolin
3. © Gilles Bretin

TES : Quel souvenir gardez-vous de votre première collaboration avec une maison de luxe ? Quelle est la création la plus surprenante que vous ayez réalisé ?
M.G. : J’ai de merveilleux souvenirs de mes collaborations avec les maisons Roger Vivier et Baccarat .
Les souvenirs de préparations des décors des dîners Roger Vivier dans le bureau d’Inès de la Fressange et dans le salon d’argent m’accompagnent encore, un dîner surréaliste avec sa nappe en pétales de roses en papier et dîner « jungle » envahi de feuillages et de lianes, un French art de vivre comme je l’aime. J’aimais travailler sur site, construire le décor petit à petit comme un happening. Quant à l’installation d’une forêt piquante de roses et d’herbes noires dans les escaliers de l’hôtel de Noailles, en hommage à la Belle et la Bête place des États Unis chez Baccarat à l’occasion des Designer’s Days, j’ai l’impression d’y être encore.

© Cécile Fourcade

TES : Un mot ou une émotion qui décrit votre métier ?
M.G. : C’est un métier de passion, d’adrénaline ! De créativité, de poésie, de recherche permanente. Bonheur d’être indépendante ! Il est difficile de trouver juste un mot ou une émotion.
TES : Qu’est-ce que le luxe pour vous ?
M.G. : Le luxe c’est prendre le temps : le temps de contempler, le temps de réfléchir, le temps d’explorer, le temps de voyager, le temps de créer, le temps de sculpter et le temps de rencontrer.
TES : Ouvrez-vous vos portes au public ?
M.G. : Oui, nous commençons à ouvrir les portes au public sous forme de masterclass.
Conseils carrière
TES : Quelles sont les qualités indispensables dans votre métier ?
M.G. : L’écoute, la créativité, la souplesse, l’équilibre, la rapidité, la précision. Finalement, cela nous demande les qualités d’un bon escrimeur !
TES : Quelles sont les formations ? Recommandez-vous une formation en particulier ?
M.G. : La meilleure formation est une école d’art appliqué ou bien une école d’Art décoratif.
Une école qui vous permet d’explorer et manipuler la matière et vous forme aux logiciels essentiels dans le quotidien d’un chef de projet.
TES : Recrutez-vous ? Si oui, quels types de postes sont à pourvoir ? Quel serait le profil du candidat idéal ?
M.G. : Nous sommes toujours à la recherche de talents qui sont sensibles à la matière papier, des artistes peintres, des sculpteurs, des graphistes, des brodeurs…
Nous demandons beaucoup de rigueur et de précision. Actuellement le studio est en pleine mutation, cette période nous permet d’être créatif et d’évoluer, nous lançons les éditions du studio avec une élégante collection de luminaires « Marianne Guély éditions » et parallèlement, nous réfléchissons à des installations artistiques et monumentales avec un collectif d’artistes, d’artisans, de scientifiques, pédagogues et de spécialistes du digital.
Le papier est toujours à mes côtés dans tous ces projets.
TES : Quelques suggestions de lecture / médias / culture ?
M.G. : Surtout rester ouvert à tous les médias, toutes les cultures, et choisir toutes les semaines un livre d’art, de graphisme, de photo, d’architecture, de botanique à découvrir… Se laisser surprendre par des œuvres, des artistes, des cultures. Mes livres de chevet en ce moment sont :
« L’étonnant pouvoir des couleurs » de Jean-Gabriel Causse
« Couleurs, pigments et teintures dans les mains des peuples » de Anne Varichon
Dernier né : les éditions Marianne Guély

Depuis quelques années, le studio se développe également dans le domaine de l’architecture intérieure et l’univers de l’art de vivre. Cet amour du papier et de la création a poussé Marianne Guély à développer tout récemment une collection de luminaires.
“Nous avons imaginé plusieurs collections éclectiques, fortes et élégantes. Nous avons, pour la Collection Constellation, travaillé des papiers Arches que nous avons aquarellés dans des tonalités crépusculaires et dont nous avons fait des déclinaisons plus lumineuses et vibrantes.
Nous imaginons aussi des créations sur-mesure pour des projets particuliers, le sur-mesure étant la marque de fabrique d’excellence du Studio. Nous répondons en effet le plus souvent à un travail de commande créative.”
Découvrez Marianne Guély Editions.

© Sylvie Becquet

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